(Lu sur readwriteweb.com, article de Fabrice Epelboin)
C’est un phénomène désormais courant aux Etats-Unis (la presse Française a pour l’instant d’autres problème à régler) : les sites d’informations adoptent de plus en plus les fonctionnalités des sites web 2.0 en s’appropriant deux fonctionnalités en particulier jusqu’ici impensables, le réseau social et l’agrégation.
Mes infos, mon réseau ?
Adosser un réseau social à un site d’information est une démarche pour le moins originale, c’est jusqu’ici l’inverse qui avait traditionnellement lieu, et qui consistait à faire un site d’info à partir d’une communauté. Digg a montré la voie, mais tous ou presque dans le secteur web 2.0 ont tenté en organisant le social de faire de même avec de l’information. Certaines tentatives ont donné lieu à des réussites majeures, d’autres à des échec cuisants, mais c’est sans nul doute l’une de formules magiques à appliquer aux célèbres contenus utilisateurs si l’on veut en tirer de la valeur.
Le problème pour les sites d’information est inverse. L’information ne vient pas, pour celle que l’on cherche à mettre en avant tout du moins, des utilisateurs mais de journalistes, et il convient de profiter de l’aspect particulièrement fidélisant des réseaux sociaux pour démultiplier ses pages vues et augmenter ses revenus.
Le New York times (disclaimer : ReadWriteWeb est partenaire du NYT) en est à sa deuxième expérimentation. Le prestigieux quotidien américain a tout d’abord conclu un partenariat avec Linkedin, particulièrement malin dans la mesure où l’on imagine aisément que la cible de l’un et l’audience de l’autre sont très proches, avant de greffer à son site un embryon de réseau social, limité – pour l’instant – à la gestion d’un profil et des commentaires que chaque utilisateur dépose ça et là sur le site (il y a bien quelques autres fonctionnalités, mais cela reste rudimentaire).
Le New York Times, encore eux, a récemment transformé en profondeur sa rubrique Technology en s’ouvrant à l’univers des blogs et en a sélectionné trois (Readwriteweb, Venturebeat et GigaOm) pour renforcer sa capacité éditoriale en la matière.
Social Networking, agrégation… il y a quelques années, il aurait été impensable qu’une institution comme le New York Times se lance dans de telles aventures, mais les américains sont pragmatiques, et – alors que le NYT n’est vraiment pas le plus à plaindre dans le secteur – les recettes s’effondrant, ils mettent en application le vieil adage de l’internet : evolve or die.
Et ils ne sont pas seuls : beaucoup de sites d’information entament cette mue pour désormais proposer à leurs lecteurs des fonctions d’agrégation et de Networking social. Fonctions qui peuvent, à première vue, sembler opposées en terme de gestion de trafic sur un site : là où le Networking social aurait tendance à augmenter les temps de visite, l’agrégation aura plutôt tendance à les raccourcir (car proposant des liens vers des sites tiers). Oui, mais voilà, l’objectif à long terme est de fidéliser et de monétiser, et dans cette optique, l’ensemble est cohérent s’il est bien fait.
Comme l’a relevé Publishing 2.0, l’agrégation est une fonctionnalité hautement monétisable et fidélisante, quant au Networking social, un œil sur les chiffres de Facebook suffisent pour se convaincre que c’est la voie à suivre pour fidéliser ses visiteurs.
Reste que le problème ne se limite pas à une simple greffe technologique sur un site de gestion de contenu mais donne également naissance à de nouveaux métiers, à coté de la salle de rédaction, dont personne ne sait pour l’instant comment ils trouveront leur place dans l’écosystème de la presse traditionnelle.
La fonction de community manager, indispensable pour réussir de tels projets semble, en particulier, délicate. Au sens strict, le rôle d’un community manager est de représenter les utilisateurs auprès d’une entreprise et l’entreprise auprès des utilisateurs, mais dans le cadre d’un site d’information, cette fonction est à redéfinir en profondeur, et il conviendra de ne pas faire de ce poste un webmaster bis, que les journalistes ont tous fini par considérer comme subalterne peu générateur de valeur ajoutée.
Dans un tel cadre, le community manager s’avèrera générer une valeur ajoutée énorme, au point de devenir aussi important qu’un journaliste, voir qu’un rédacteur en chef. Il est par ailleurs probable que ceux ci soient appelés à être plus nombreux, plus structurés dans leur travails, et surtout, plus visibles et mieux identifiés, au même titre qu’un journaliste.
Comment ces deux cultures vont elles se fondre au sein d’une même entité ? Il faudra attendre quelques années pour obtenir les premières réponses, les expérimentations actuelles étant trop récentes (NYT) ou ayant bien compris qu’il valait mieux pour l’instant faire l’impasse sur le problème (LeMonde.fr, LePost.fr).
L’agrégation, la porte ouverte sur la concurrence
Pour proposer des fonctionnalités d’agrégation au sein d’un site de news, il convient, au pire, de comprendre qu’il vaut mieux amener ses lecteurs vers d’autres sources d’information que de les laisser les découvrir eux même au risque de ne plus les voir revenir. C’est un pas qu’on franchit deux média d’un type particulier ces derniers temps, deux média qui avait tout bonnement, durant le Web 1.0, copié le modèle des média d’information traditionnels : Yahoo et AOL.
AOL a longtemps compté sur l’illettrisme de ses utilisateurs pour leur faire croire qu’AOL était l’internet, un mensonge que toute la presse traditionnelle fait à ses lecteurs en tentant de leur faire croire qu’ils couvrent l’info dans sa totalité. Le problème, c’est que l’illettrisme ne dure que quelques années pour un nouvel utilisateur internet, et qu’il fini inévitablement par découvrir d’autres sources d’informations. Souvent, cette découverte est fatale au média traditionnel (déception du lecteur ? sentiment d’avoir été maintenu dans l’ignorance ? Ou simple érosion de l’audience due à une offre pléthorique… On manque d’études à ce sujet pour expliquer les chiffres)
Pour éviter une dégringolade similaire à celle que connaît la presse, Yahoo et AOL ont décidé de prendre les devants (et plusieurs sites d’information on fait de même), ils proposent désormais à leurs visiteurs une agrégation d’informations en provenance de site tiers.
Les chiffres montrent par ailleurs que pour les jeunes lecteurs (18-35 ans), lors de l’accès à un site via un agrégateur, seul la marque de l’agrégateur est retenue. Cela pose un problème en matière de responsabilité dans la sélection des contenus – ils doivent se faire en adéquation avec le média qui propose l’agrégateur – mais c’est tout de même rassurant de voir son lecteur partir et lire autre chose tout en ayant sa marque en tête.
Le Washington Post pousse un peu plus loin la logique de l’agrégation en faisant filtrer au préalable les news politiques par une équipe de journalistes. On se rapproche du « link journalism », un concept cher à Publishing 2.0, qui explique dans un long billet comment l’une des références de la presse quotidienne politique américaine a modifié en profondeur son site pour y accueillir des fonctionnalités d’agrégation, utilisant par la même occasion les bookmarks de son équipe pour les proposer à ses lecteurs.
Les technologies mutent elles aussi
Les outils de gestion de contenus on eu, pour simplifier, deux époques. La première (qui date du Web 1.0, vous l’aurez deviné) est celle des CMS. Longtemps dominé par de couteux outils propriétaires, c’est aujourd’hui le terrain de solutions open source comme Joomla ou Drupal, ce dernier étant au fil des ans devenu d’une puissance redoutable au point qu’on peut lui demander n’importe quoi (au prix d’une certaine complexité, il faut bien l’avouer).
Puis sont apparu les blogs, et d’un coup, l’information s’est transformée en conversations.
De la multitude de solution de bloging disponible pour disposer de sa propre plateforme de blog, deux sortent clairement du lot aujourd’hui : Typepad et Wordpress. Or ces deux solutions on cette année évoluée pour fournir, devinez quoi, des solutions intégrées de Networking social.
Toute plateforme Wordpress ou Typepad, soit l’essentiel des plateforme de blogs proposées par divers portails et média à travers le monde, peuvent potentiellement devenir des réseaux sociaux, et ce sans bouleversement technologique majeur.
Apprêtez vous à voir une quantité de réseaux sociaux arriver, là où vous pensiez avoir à faire à des plateformes de blogs.
C’est le moment de s’y mettre
Les technologies sont là, les usages également, et parmi les acteurs de la presse traditionnelle, beaucoup ont désormais compris que le passage au numérique effectué à travers des sites web 1.0 il y a quelques années ne suffirait pas à assurer leur survie. Il y a fort à parier que l’on assiste en France dans les années à venir (je suis optimiste) au même mouvement quoi touche la presse américaine depuis plus d’un an : une socialisation massive et une ouverture aux contenus tiers.
Mais cette mutation est délicate, tant en interne que vis à vis des lecteurs, il y aura des gagnants et des perdants, sans compter bien sûr ceux qui préfèrerons attendre pour voir (une attitude qui pardonne de moins en moins avec internet). Un mouvement à suivre de près.






Bonjour Julien,
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cela fait particulièrement plaisir ce genre d’article parce que c’est exactement ce que nous développons pour les médias
Et dites ce que vous en pensez surtout !
Merci,
Cédric